Je viens de finir de lire Cinq leçons sur la psychanalyse de Freud. Je pensais y trouver quelque chose qui dissiperait les mythes et croyances négatives envers la discipline. Or c'est tout le contraire. On y trouve affirmé, en vrac :
Quand je dis « affirmé », c'est que contrairement à l'emploi très large des mots « montrer » et « prouver », il n'y a rien dans le contenu du livre qui puisse se revendiquer d'une moindre démonstration. Je ne sais pas ce que la psychanalyse est, mais je sais ce qu'elle n'est pas : une science ; surtout pas quand Freud affirme que finalement, ceux qui sont troublés par la psychanalyse ont quelque chose à se reprocher, psychanalytiquement parlant. Bref, toute critique contre la psychanalyse est récupérée par la psychanalyse, on n'en sort pas et c'est bien commode.
Je ne me prononce pas cependant sur l'intérêt thérapeutique éventuel de la discipline.
1. Le jeudi 04 septembre 2008 à 20:34, par Samuel
2. Le vendredi 05 septembre 2008 à 10:53, par Laurent
Je faisais surtout référence à des critères de scientificité tel que Popper les a énoncés. Quelque chose à l'encontre duquel on ne peut pas formuler de critique parce que la critique est absorbée par le modèle, ça n'a pas grand intérêt du point de vue scientifique.
3. Le vendredi 05 septembre 2008 à 16:21, par Samuel
Un peu l'objet de mon troisième paragraphe, quoi. Je pense que la raison pour laquelle la psychanalyse s'approche souvent de la psychiatrie est la recherche de ces critères de scientificité: expliquer le fait psychologique par la biologie/physiologie. Et les dérives médicamenteuses qui semblent en découler.
Pour en revenir au sujet initial, j'aquiesce : chez Freud, tout est sexuel. ... Sauf la barbe, peut-être.
4. Le samedi 06 septembre 2008 à 13:27, par Natacha
Il faudra vraiment que je lise Freud pour faire la distinction entre ses propres dérives et celles de ses successeurs, mais j'avais l'impression que Freud était assez scientifique (surtout par rapport à ses successeurs).
Personnellement, je trouve ça ni plus ni moins choquant d'affirmer le complexe d'OEdipe que d'affirmer que l'univers est composé de cordes dans un espace à onze dimensions spatiales, et ensuite réfléchir à ce que ça implique et ce qu'on peut faire avec. Après c'est pas parce que l'idée ne produit rien de falsifiable à l'échelle d'une vie humaine qu'elle n'apporte rien à la science (du moins à mon avis).
Par contre si la dernière affirmation que tu donnes, qui ôte effectivement au système tout moyen d'être amélioré par la falsification, est bien de Freud lui-même (elle ne me surprendrait pas du tout de la part d'un de ses successeurs), alors ce bonhomme baisse monstrueusement dans mon estime.
5. Le samedi 06 septembre 2008 à 14:33, par xavier
6. Le lundi 08 septembre 2008 à 13:04, par Natacha
Pour ce qui est de cordes, cette théorie n'est pas considérée comme physique car elle ne prédit rien de testable pour le moment (elle a déjà bien du mal reproduire les réussites du modèle standard).
Les cordes sont une théorie intéressante mais non physique. La physique se doit de prédire des choses. Les décrire c'est bien, en prédire c'est mieux :).
Freud est invérifiable...mais si ca marchait, ce serait génial. Combien de molécules marchent très bien sans que l´on sache pourquoi... La question avec ce zigoto serait donc plutôt : "est ce que ca marche mieux que de juste parler? Est ce que ce baratin sur l'enfant tout ca aide les parents ou qui que ce soit? plus que juste parler sans tout ces théories"?
Pour moi la réponse est non mais ca se discute.
7. Le lundi 08 septembre 2008 à 18:10, par Laurent
Mais la psychanalyse, il est vrai, est dans une situation spéciale, qui lui rend plus difficile d'obtenir l'approbation. Que veut le psychanalyste, en effet ? Ramener à la surface de la conscience tout ce qui a été refoulé. Or, chacun de nous a refoulé beaucoup de choses que nous maintenons peut-être avec peine dans notre inconscient. La psychanalyse provoque donc, chez ceux qui en entendent parler, la même résistance qu'elle provoque chez les malades. C'est de là que vient sans doute l'opposition si vive, si instinctive, que notre discipline a le don d'exciter. Cette résistance prend du reste le masque de l'opposition intellectuelle et enfante des arguments analogues à ceux que nous écartons chez nos malades au moyen de la règle psychanalytique fondamentale.
8. Le mardi 09 septembre 2008 à 04:11, par Natacha
Ok, pour moi ce passage fait passer Freud de « sauvable jusqu'à preuve du contraire » à « non-sauvable jusqu'à preuve du contraire » (à mon avis « Freud est un rigolo » doit rester falsifiable).
Cela dit, ce passage pourrait être pardonné, par exemple si on était fan du personnage ou si tout le reste était d'une rigueur exemplaire, en l'interprétant comme IL EXISTE des opinions négatives sur la psychanalyse qui ont l'air raisonnées et qui sont en fait bassement irrationnelles. Pourtant la formulation citée semble être un POUR TOUT qui anéantit effectivement la falsifiabilité du modèle.
Notons cependant qu'une confusion des quantificateurs dans un langage humain fait partie des erreurs de traductions qui ne me surprendrait pas, même d'une traduction réputée de qualité, vu que les traducteurs et ceux qui les juges ont tendance à être plutôt littéraires et donc pas très au fait des subtilités de quantificateurs. Je veux dire par là qu'il est possible que la version originale donne une impression beaucoup plus marquée d'IL EXISTE que de POUR TOUT.
9. Le mardi 09 septembre 2008 à 21:18, par florimond
10. Le mercredi 10 septembre 2008 à 03:46, par Natacha
À mon avis, pas assez.
C'est pour ça que mon avis avant de connaitre ce passage me semblait tout à fait vraisemblable, à savoir que Freud était un type bien et rigoureux qui a fait ce qu'il a pu dans un domaine tout neuf (de même que le géocentrisme me semble être une théorie tout à fait valable de la part de quelqu'un qui ouvre la cosmologie) et qu'ensuite seulement c'est parti méchamment en latte.
D'ailleurs peut-être que c'était effectivement bien et rigoureux au début, et que le partage en latte a juste eu lieu pendant Freud eu lieu d'après lui.
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Prudence, je pense que c'est un peu plus compliqué. On peut amalgamer la psychanalyse à une science de par son approche: elle essaie de décrire des modèles qui expliquent le fonctionnement de la psyché (humaine). L'idée est ensuite d'avoir des protocoles expérimentaux pour infirmer ou non les théories énoncées (théorie au sens plus général du terme, pas le sens mathématique).
Un peu comme la physique s'efforce de donner des modèles qui expliquent le fonctionnement de l'univers, modèles qui sont validés par l'observation. Si phénomène observé infirmant, on met à jour le modèle, etc
Problème: la psychanalyse peut difficilement être mise en équation et c'est là que le bât blesse. Il devient dès lors facile de «valider» une théorie de la psychanalyse en omettant consciencieusement ou non toute une partie du vécu humain. Dans le cas de ta lecture, Freud est parti d'une hypothèse plutôt séduisante et a essayé de décrire la psychologie humaine à partir de ça.
Cependant ta conclusion est à nuancer: il y a une école freudienne comme il y a d'autres écoles de psychologie (de mémoire, il me semble qu'il y en a une lacanienne). Je suis prêt à parier que certaines écoles se rapprochent plus de ta notion de science, qui tenteraient d'être plus «englobantes» que Freud tout en donnant à leur modèle une fondation plus formelle que des beaux discours bien enrobés.
J'ajouterai que, pour le peu que je connais de la chose psychanalytique, le mérite de Freud dans cette affaire aura surtout été d'être le premier.
Arf, encore un gros pâté de texte :-P